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                                silence ou banalités ?

                   LA PHASE : COULOIR

   L'état de l'art

Chez les vendeurs nous avons deux écoles, celle du silence et celle des banalités :
 
LE SILENCE 
 
 « J’ai tendance à être silencieux sauf si le couloir est long, mais si c’est court je reste silencieux »
« Je laisse place au silence, je ne le connais pas, il ne me connaît pas, c’est une zone de transit, mais s’il parle je parle. »
« J’utilise le silence parfois, quand je le vois inquiet, et je n’insiste pas. »
 
LES BANALITES
 
« surtout pas de silence : je n’aime pas laisser le silence s’installer,
   je le remercie de m’avoir reçu et j’essaie de juger le temps disponible. »
« Le silence est négatif, il ne faut pas raconter de bêtises. J’essaie de
   trouver un sujet banal, mais qui aille au delà du temps qu’il fait »
« Le silence peut être gênant mais je le considère comme un sas qui peut
   apaiser mon interlocuteur. En tout cas le couloir est une zone neutre. »
« je me
méfie, il faut que j’arrive à le cerner rapidement,
   à comprendre à quelle personnalité j’ai affaire »
« J’essaie de mettre de l’ambiance avec de l’humour. »

  Les Découvertes SCOR RdV

Les avis sont partagés entre le silence et les banalités: 

  Il y a là une méconnaissance des rituels d’entrée en relation avec des inconnus. Et pourtant, il suffit de les connaître pour pouvoir les utiliser avec pertinence. 
 

 Banalité quand tu nous tiens !
  
Un extrait du livre

SEULE LA PROFONDEUR M’INTERESSE

J'ai toujours été surpris d'entendre des gens prendre un air éminemment sérieux et solennel pour dire : "il fait beau aujourd'hui". Il y a un tel contraste entre l'attitude pleine de noblesse, de densité et ces paroles banales pleine de vide que cela m’apparaissait incongru et comique. Du haut de mes 13 ans, je me suis dit : "désormais je ne serai plus comme ces adultes, je vais bannir la banalité. Je me tairais plutôt que de paraître creux et superficiel, ce que je veux ce sont des échanges vrais et profonds".
 
J’ai rejeté la banalité comme un manque de profondeur comme une incapacité à établir une relation de qualité. En fait, je considérais pres­que cela comme un manque d’intelligence.

Or j’aurais dû me douter, m’interroger. Si les hommes civilisés passent un temps considérable à échanger des banalités, c’est que ces échanges ont leur utilité. La ba­na­li­té sert à quelque chose, oui, mais à quoi ?

 
DANS UN ASCENSEUR AVEC UN INCONNU
 
nous sommes dans un espace exigu, proche l’un de l’autre. Que font nos regards ? Ils ten­­tent soigneusement de s’éviter. Nous essayons de laisser croire à l’au­tre que nous ne remarquons pas sa présence. Malheureusement il n’y a pas grand chose pour accrocher le regard et pour justifier qu’il se po­se avec attention ailleurs. Nous ne pouvons pas ignorer l’autre, et pour­tant nous jouons ensemble l’air du grand indifférent. Nos regards sur l’autre sont furtifs et nous faisons
tout pour qu’ils ne se croisent pas, qu’ils ne se rencontrent pas. Plus le temps de montée est long, plus le malaise grandit, plus le silence devient lourd. Les murs sont trop étroits, l’autre est vraiment trop proche et trop présent, l’ascenseur est trop lent. Le silence est angoissant, le temps s’allonge et paraît s’éterniser. Il suffit que l’un des deux disent une banalité pour que l’atmosphère s’al­lè­ge d’un seul coup. La bulle d’angoisse a éclaté et s’est envolée…
 
Cette scène de l’ascenseur, je l’ai retrouvée en rendez-vous profession­nel avec un inconnu, quand il venait me chercher à l’accueil, nous nous disions bonjour en échangeant nos noms, puis nous allions vers son bureau. Mon interlocuteur, selon la largeur des couloirs marchait de­vant ou à côté.

 
L’EPREUVE DU COULOIR
 
Mon dieu, combien de couloirs m’ont paru intermina­bles.
Là aussi nos regard se croisaient à pei­ne, quelques regards furtifs tandis
que défilaient les murs. Et puis, délivrance, la porte du bureau s’ouvrait et mon interlocuteur me disait “c’est ici !”.
 
J’étais timide et si mon interlocuteur l’était aussi, cette épreuve du cou­loir était
redoutable parce que nous laissions le silence de l’ascenseur s’ins­taller.
 
Nous aimions la profondeur des relations. Nous n’avions pas appris à manier les phrases légères. Nous étions devenus des infirmes de la banalité. Nous nous étions créés des obstacles pour entrer en com­mu­ni­cation avec l’autre, cet inconnu.

Aujourd’hui, pour affronter sereinement l’épreuve du couloir, la solution me paraît simple. Je n’attends pas, je parle de la facilité avec laquelle j’ai trouvé mon chemin grâce à ses indications, des difficultés de circu­la­tion, bref j’ai une petite batterie de phrases banales. Pour qu’elles fassent plus vraies et plus nature je les raccorde à ce que je viens de voir, de vivre, ou d’entendre dans la demi-heure qui précède ma ren­con­tre avec lui.


LA SOUS-ESTIMATION DE L’IMPORTANCE DES BANALITES

Dans mon orgueil un peu démesuré j’avais sous-estimé l’importance de la banalité dans les relations humaines. Dans les cinq premières minutes de la rencontre avec un inconnu, à part quelques exhibitionnis­tes ou provocateurs, personne ne dit : “ 
j’ai telle position philosophique, tel revenu, je couche avec telle personne, mes fantasmes préférés sont ceux-ci ”.

 
LA PROFONDEUR EST INTIME
 
Comme la plongée sous-marine elle ré­cla­me le respect des paliers, sinon nous risquons l’embo­lie, la mort de la relation. Seuls quelques artistes de la relation peuvent se permet­tre d’accélérer les paliers, bien souvent, ils ont longuement cul­ti­vé cet art. Mais si on y réfléchit bien, ils ne cherchent pas à entrer en relation mais à se mettre en représentation. Ils veulent un public pour dérouler leur monologue brillant ou bien rôdé, le dialogue n’est pas leur souci.


LA BANALITE : PREMIER PALLIER DE LA RELATION AVEC UN INCONNU

La banalité représente le premier palier, je dirais même que c’est la por­te d’entrée de la relation avec un inconnu. Tant que j’étais convaincu que j’étais au-dessus de ça, que j’étais fait pour des relations d’une es­sen­ce supérieure, je méprisais profondément la banalité et je ne vou­lais surtout pas m’y compromettre et y perdre ma pureté. 
 
Ma vision était erronée, par orgueil, ignorance ou bêtise, peu importe. J’étais dans cette vision là, dans cette position là. Je cultivais ma mala­die : en refusant l’usage de la banalité, je me fermais un grand nombre de portes d’entrée (en relation) et vivais mal la plupart des situ­a­tions de rencontre, de proximité, que j’appelais de promiscuité, avec des inconnus. »   Vendre ses prestation - Editions d'Organisation

 
On l’aura compris le silence est à bannir, les banalités sont recommandées
mais avec du cœur et de la bonne humeur, juste la bonne dose.

C’est le premier palier des rituels de rencontre entre deux inconnus
à utiliser sans modération.

 
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